Ride The World !
17mar/1112

Rencontres équatoriales

Voila près de 3 semaines que je fais route avec Francis. Tout se passe pour le mieux, mais voyager a 2, c'est se renfermer sur notre groupe, et on est loin d'avoir la richesses des rencontres d'un voyage en solo. C'est pour cela que dès le début de l'organisation de ce voyage (il y a plus d'un an, déjà), je prévoyais et voulais voyager seul après avoir traversé l'Afrique avec Aurel. Bref, après notre première nuit en équateur, je dis a Francis que je désire reprendre la route seul, même si notre itinéraires et nos impératifs de date coïncident. Francis a la même conception du voyage que moi, et je n'ai pas besoin de chercher des justifications. Juste que voyager seul est un autre voyage, et il connaît cela tout aussi bien que moi. Bref, après une embrassade dans une station service, je file sur la route, toujours plus vers le nord, sans regarder mon guide pour connaître les endroits à visiter, mais bien décidé à profiter pleinement des rencontres.

Du coup, pour cet article, c'est la galerie de portraits des rencontre qui sert de fil rouge...

Je lui ai demandé plusieurs fois son prénom, mais je n'ai pas compris la réponse, donc je préfère ne rien mettre plutôt que de l'écorcher.

En entrant dans un village, trois petites enseignes proposent café et un plat que je ne connais pas. Voila une bonne occasion de prendre mon petit déjeuner pour goûter la pâte de maïs fourrée au fromage, et pour faire la connaissance de cette vendeuse souriante. Elle aime son travail, en tout cas. C'est sa mère qui cuisine et elle qui vend sur le bord de la route. Les routiers passent en klaxonnant, avec un clin d’œil ou un geste obscène. La seule chose qui la dérange dans tout cela, c'est qu'ils s'arrêtent rarement pour lui acheter ses produits. Moi, je ne fais que passer aussi, mais je repars avec le ventre bien plein.

La famille Ramirez sera une étape imprévue de la journée.

En effet, n’ayant plus besoin d'épargner "Teuf-Teuf", la moto de Francis, et ayant trouvé un pneu tout neuf à bas prix au Pérou, je n'ai plus besoin de limiter les ardeurs de la mécanique autrichienne. La route de montagne se fait donc a bon rythme, avec de copieuse accélérations à chaque dépassement de camion, JUSQU'AU MOMENT OU TOUT D'UN COUP LA MOTO FAIT BEAUCOUP DE BRUIT : J'AI PERDU SUR LA ROUTE LA SORTIE DU SILENCIEUX DONT LES RIVETS EN ALU SE SONT ENCORE DISLOQUES. ME VOILA DONC EN ÉCHAPPEMENT LIBRE, ET CA FAIT BEAUCOUP DE BRUIT.

NON, JE DIS CA FAIT VRAIMENT BEAUCOUP DE BRUIT!

Comme dit Francis : "Rencontrer des problèmes, c'est rencontrer des gens", et c'est comme cela que j'ai passé une petite heure dans cette famille ou ça meule, ça perce, ça plie, ça soude et ça repeint tout ce qui est métallique. Je n'ai jamais vu une pince a rivets de ce type, et a premiere vue, cela ne m'inspire rien qui vaille, mais à l'utilisation, c'est d'une efficacité incroyable. Bien plus que nos petites pinces classiques.

L'atelier est une histoire de famille, et c'est le gamin qui court dans le village chercher des rivets le temps de démonter le silencieux, et qui apprend le métier avec son paternel. La petite sœur, elle, par contre n'a pas le droit de toucher a quoi que ce soit. Non pas pour l’écarter de l’éducation, mais bien au contraire parce que justement elle a son uniforme de l’école sur elle et qu'elle ne doit pas se salir avant de filer rejoindre ses camarades. La mère surveille de loin, et me fera payer 1$ pour la pose des nouveaux rivets.
Moi aussi, je file, mais pour manger, dans un petit resto du coin qu'ils m'ont recommandé.

Jakelin me reçoit dans un boui-boui sympathique.

Le premier contact est difficile : on n'arrive pas à se comprendre sur ce qu'il y a pour l'almuerzo (déjeuner) du jour, ni sur ce qui est dispo ou non a la carte. Notre conversation est sans cesse interrompue par ses aller-venue incessante à la cuisine, car c'est elle la patronne-serveuse-cuisinière, et que justement elle a des plats sur le feu. Je finis par dire oui a tout ce qu'elle me propose pour en finir, et comme d'habitude, c'est un repas simple, plutôt copieux, complet et bon qui m'est servi pour 1,5 USD.
En débarrassant la table, le calme retrouvé, elle me parle de ses envies de voyage aussi, mais que c'est difficile en ce moment, seule a s’occuper du restaurant. Elle n'est plus mariée et est décidée à profiter de la vie, mais c'est la vie qui la rattrape et qui ne lui laisse pas le temps de vivre. On s’échange nos e-mails sans conviction que cela serve a quelque chose, mais c'est un moyen (peut être un peu lâche) de pouvoir dire du coup "au revoir", plutôt que "à jamais".

Arrivé à Quito, Andres m'accueille chez lui pour 2 jours.

On avait déjà échangé quelques messages par email car il a aussi voyagé 10 mois en moto, et en solo, a travers toute l'Amérique latine. On a forcément plein de choses en commun, et une même vision des voyages en moto, appréciant tout particulièrement les voyages en solo. Andres a monté une excellente pâtisserie, avec livraison a domicile en ville, mais préfère son calme à l’extérieur de Quito. Sa maison est à la fois super chouette et très simple. Le genre d'endroit ou l'on se sent bien.

Il faut juste accepter de partager l'espace avec deux joueurs aussi impressionnants que gentils :

Mais c'est Nelly, qui me propose de me faire visiter la ville après son travail.

Nelly a 25 ans et débute depuis peu son véritable travail d'architecte. Son regard est donc particulièrement affûté sur les constructions de la ville et en particulier du vieux Quito, et rien de tel qu'un regard passionné pour transmettre l’intérêt pour la pierre et l'histoire qui va avec.

Pas mal d’églises sont construites sur des fondations de bâtiment Inca

Les donneurs d'ordre étaient des espagnol, mais les tailleurs de pierre des indigènes, et du coup, on se retrouve avec des mélanges culturels surprenants comme cet ange a tête inca.

mais en plus de la ville elle même, cela a été l'occasion de goûter dans la rue au Canelazo, une sorte de vin chaud, mais sans vin. En tout cas, c'est bien bon!

Les rues s'animent la nuit aussi, avec les costumes traditionnels Équatoriens...

Nelly me fera même goûter au "chocolate con queso" : un verre de chocolat chaud, avec des bouts de fromage dedans. Finalement, le fromage a peu de goût, donc c'est plus la consistance qui fait drôle que le goût.

Merci Nelly pour cette visite guidée de Quito-by-night!

Oscar n'est pas un bavard. Il tourne autour de la moto sans un mot, alors que je suis, de nuit, dans une station service. J'en profite pour lui demander de me recommander un logement ou je puisse mettre la moto en sécurité, et il me proposera spontanément de le suivre, lui sur sa Yam 115cc. Il essaie de négocier avec des parkings surveilles, et différents hôtels pour trouver la meilleure solution, et lorsque je mets enfin mon sac dans la chambre, je lui propose de lui offrir un verre.

Oscar a 25 ans, marié depuis 2 ans, avec un petit bébé, mais sa femme est partie chez ses parents pour quelques jours. Elle n'est donc pas la, et on prend donc le repas ensemble.

Durant toute la soirée la discussion est difficile. Il me pose quelques questions sur le voyage, et répond brièvement aux miennes. Pourtant, il se dit mécano moto a son compte, donc on aurait bien quelques points a discuter ensemble, comme la comparaison des 125 japonaises (fussent elles fabriquées en chine) avec les motos chinoises importées en grand nombre en Amérique latine... Mais Oscar n'est décidément pas bavard. Il propose pourtant que l'on s’échange nos numéros de téléphone pour qu'il me fasse faire un tour de la ville le lendemain matin, avant que je ne reprenne la route. Décidément, il y a un monde entre ce qu'il fait pour moi dans les actes, et l'attitude verbale plutôt fermée.

Le lendemain matin, je l'appelle comme promis en lui disant que, plus encore que d'aller voir le centre ville, j'aurais besoin d'un atelier pour remettre des rivets a ma sortie d'échappement Akrapovic. (Encore? Ben oui)
Il connaît le quartier et ce type d'atelier par cœur et me voila chez un préparateur de motos de course (des 125 en general).

Heureusement j'ai des rivets d'avance. Le patron, lui, a la pince qui va bien.

Mais Oscar insiste pour que l'on fasse un petit tour de la ville ensemble. sa moto est en train d’être lavée, la mienne devrait suivre, donc on prend deux taxis-motos pour aller voir la ville blanche de Popayan.

Merci Oscar pour le coup de main et la visite de la ville!

A ce moment la, je suis déjà en Colombie.

Mais dans un voyage, il y a autant de séparations que de rencontres, aussi passionnantes ou insignifiantes soient-elles.

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Commentaires (12) Trackbacks (0)
  1. Superbe !
    De l’émotion , du coeur, de l’humilité et beaucoup de justesse, du respect et de l’ouverture, merci, je me régale de te lire dans les mots et dans l’image.
    Bonne route chevalier
    fab (tripinside)

  2. bonjour
    je vines de passer un moment trés agréable en lisant ton cr .merçi pour ce partage .bravo de ne pas rester rivet sur place.
    MICHEL

  3. Encore une fois c’est un vrais plaisir. Un jour il y aura bien un livre …….(j’en suis certain).
    Le fait d’être seul sur un voyage, j’ai tjr partagé ce chois il y a bien longtemps : il est vrais que les contacts et les portes s’ouvrent plus facilement !
    Mais pour ce qui est des constructions religieuses sur d’anciens sites locaux, l’histoire ce répète comme en Europe avec les celtes, dont j’avoue ma passion !
    Pour ce qui est du pot d’échappement, je pensais que seul les rivets en inox étaient valable ?
    Je suis quand même surpris de constater la fiabilité du KTM !
    @ +

  4. Presque quotidiennement je consulte le site pour esperer trouver une nouvelle histoire car s’en est une chaque fois…differente de la precedente avec de nouveaux personnages. Les rencontres forment les meilleurs souvenirs. Merci pour les commentaires illustres et bonne route

  5. Bravo, belles rencontres et toujours un plaisir de te lire.
    Pour la pince à rivet de la famille Ramirez, on la trouve plus communement sur les chantiers de bâtiments. Les couvreurs / bardeurs l’utilisent encore pour fixer les tôles (quand s’il n’y a pas de support…) Voili, voilou…

  6. Au chevalier noir,

    C’est bien Toi qui nous offre une belle rencontre, virtuelle… mais l’enrichissement est là, à ta lecture, à tes choix, à ta vision des choses, à ton analyse, à ta justesse, à ton décalage…

    Moi, j’ai peur, très peur…car bientôt tout cela aura une fin…et ça c’est vraiement pas chouette…

    C’est con, mais quand je monte sur mon Adventure noire aussi… je t’assure, à chaque fois, je pense à toi… j’ai presque l’impression de te connaître.

    A+++

  7. Salut Loïc,

    merci encore pour ces reportages ! Toujours un régal à lire. Je ne sais pas où tu trouves cette inspiration pour la mise en forme de tes articles. Je te savais déjà un peu comme ça au travers de mes lectures sur le forum des Motards Toulousains, mais je continue à en profiter sur ce blog !

    Merci encore une fois pour la carte postale. Vous aurez tout géré, depuis la préparation du voyage, les articles sur le blog, jusqu’au retour par poste.

    Vraiment super, merci !

  8. salut Loïc
    fabuleux tes récits,tes images,et bien-sur tout ton voyage

    bonne continuation
    bonne route
    et continue a nous faire rêver
    Reno

  9. Loic… You have great pictures of Quito…Thanks :)

  10. Gentils les chiens , j’en ai fréquenté pas mal dans ma vie . mais faut pas s’y fier …c’est comme les gens et c’est toute la difficulté de ce genre de voyage .A propos tu as de la chance ou quoi ? Tu ne rencontres jamais de gros soucis ! Ou alors tu n’en parles pas ? En tous cas ,derrière son ordi. , c’est très agréable
    de suivre tes voyages en Amérique un peu après le passage de Colomb :) As tu rencontré des retraités de 60 ans faisant ce type de voyage ou la limite est-elle beaucoup plus tôt pour des raisons de vertèbres par exemple ou de résistance physique en général ?


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