Chévere Colombia
Il ne faut surtout jamais lire les recommandations du site du ministères des affaires étrangères avant de partir dans un pays, sinon, on finit scotché devant sa télé chez soi. Goodie, qui nous avait hébergé au Kenya, et qui bosse a l'ONU depuis longtemps, me confirmait que les rapports des entités à l'étranger sont toujours plus alarmistes que la situation réelle, de manière à justifier leur présence sur place et leur budget. Et puis la Colombie, j'y étais déjà il y a une bonne dizaine d'années, et j'en ai gardé justement un chouette souvenir. Il y avait effectivement un risque important avec les narcotraficants, mais ceux-ci sont dans la foret, à des endroits où les touristes n'ont de toute façon rien à faire. Pas de soucis, donc. A priori.
Oui, mais la, juste avant de rentrer en Colombie, j'ai des échos d'une personne vivant à Bogota, et qui recommande vivement de ne surtout pas s'arreter sur les 300km qui suivent la frontière, c'est à dire jusqu'à Popayan. La guerria s'y serait manifestée de facon violente il y à quelques jours. Bon, je m'apprete donc à suivre les recommandations.
Oui mais voila, pour arriver à la frontière depuis Quito, en Equateur, il y a déjà pas loin de 300km. Grosse journée, avec pas d'arret photo donc.

Je me renseigne à la frontière et j'apprends qu'un gilet jaune fluo est obligatoire pour tous les motards à partir de 18h. L'assurance est aussi obligatoire, mais elle ne peut pas s'acheter à la frontière. Un douanier me donne une adresse où je pourrais l'acheter, dans la première ville traversée. Unefois remis en route, sans gilet et sans assurance, je trouve le point de vente, mais ils ne vendent l'assurance que pour 1 année complète. Il faudrait que j'aille voire l'administration des douanes et des impots de Colombie pour obtenir une dérogation pour n'avoir l'assurance que pour la durée voulue (1 mois). Bon, je repars bredouille. Des motards équatoriens rencontrés à la frontière m'ont indiqué un centre commercial dans la ville suivante pour acheter cette fameuse assurance. Lorsque je trouve enfin l'endroit, celle-ci m'explique qu'elle ne peut faire le document que pour les véhicules immatriculés en Colombie. Ca sent le roussi cette histoire. Ilcommence à etre tard, j'ai encore beaucoup de kilomètres à faire, et je reprends donc la route, cette fois ci avec un gilet jaune dans mon sac au cas ou j'arrive tard, mais toujours sans assurance. En théorie, il faudrait aussi que le numéro d'immatriculation dela moto figure en gros à l'arrière du casque! Me revoila donc en route à bonne allure, pour arriver avant la nuit... si possible.
De très nombreux militaires armés jusqu'aux dents surveillent le passage des véhicules, presque tous les 10km. Ils ne m'arretent jamais, mais au contraire lèvent le pouce en me voyant. A priori, ca n'est pas pour faire de l'auto-stop, donc je prend cela pour une sorte de salut auquel je réponds volontiers.
A un moment quand meme, deux personnes me font signe de m'arreter. Ils portent un pull vert/kaki avec un gros logo dessus, mais cela ne semble pas militaire pour autant. Comment faire la différence entre les militaires, les para-militaires, les narco-trafficants et les guerrioros? De l'autre coté de la route deux policiers, le fusil en bandoulière, regardent la scène d'un air très décontracté. Ceux qui m'arretent m'expiquent qu'ils travaillent avec le support dela police (d'ou leur présence juste à coté sensée me rassurer) et qu'ils font une collecte pour les enfants handicapés à cause des mines qui jonchent la campagne locale. La discussion ne dure qu'un instant, ils n'insistent pas et me revoila en route. Quand j'y repense, je me dis que je n'aurais pas du m'arreter...

La situation a en fait bien changé depuis mon premier passage il y a 13 ans. En résumé, Uribe est arrivé au pouvoir, et il a lutté principalement contre les narco-traficants. C'est à cette période que plusieurs cartels dont celui dePablo Escobar sont tombés, et c'est grace à cela que les narco-traficants sont aujourd'hui invisibles et à peu près inoffensifs (pour les gens en Colombie en tout cas). Par contre, pour arriver à cela Uribe a entre autre monté une véritable armée de paramilitaires. Ces paramilitaires devenaient une sorte de mercenaires d'Uribe, et ils ont d'ailleurs joué un role dans sa réelection en terrorisant le peuple. Aujourd'hui Uribe n'est plus au pouvoir, et tous ces paramilitaires n'ont plus vraiment de chef et font la loi comme ils l'entendent eux, et le processus de paix initial ressemble à présent plus à des reglements de compte. Les ONG défendant les droits de l'homme sont par exemple des cibles désignées. En créant ces paramilitaires, Uribe a finalement armé le peuple, et si cela a été éfficace pour la lutte contre les narco-traficants, les armes se retournent à présent contre le peuple lui meme...
Ajoutons à cela les guerrieros qui vivent généralement dans les forets; et qui intimident les villageois au point que ceux ci-désertent leurs villages pour s'agglutiner dans des taudis en péripherie des grandes villes, et on se retrouve avec une grande augmentation de la délinquance, à tous niveaux, dans les grosses agglomérations.

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Superbe route de montagne, en très bon état. C'est un plaisir de rouler sur les routes Colombiennes. Peut-etre les meilleures d'Amérique latine (à l'exception de la route parfaite Cuzco-Nazca au Perou). Oui mais ca tournicotte et ca n'avance pas beaucoup, surtout qu'avec la Colombie, c'est un trafic dense qui me surprend, et je passe mon temps à remonter les files de camions entre deux épingles. Avec tout ca, la nuit tombe et je ne suis toujours pas arrivé
On m'avait dit pour cette étape : ne t'arrete sous aucun pretexte, ne roule pas sans assurance, ne roule pas de nuit, ne roule pas seul, ne roule pas vite. J'aurai finalement fait tout cela.
Le lendemain, j'arrive à Cali, ou c'est toute une famille decouchsurfers qui m'attend. Je suis chez le recteur de la plus grosse université deCali. Je comptais passer une journée avec eux, mais ils me prennent sous leur aile et je m'y sens tellement bien que je me laisse dorlotter.
Petite visite de la ville ... en tout cas des quartiers les plus surs. La vision que me donne Nubia dela sécurité à Cali est des plus terribles. Je suis d'un coté persuadé que les exemples qu'elle me raconte sont bien réels, mais que le risque n'est pas si grand. D'un autre coté, qui suis-je, moi, petit européen de passage, pour juger dela sécurite d'une ville inconnue alors que eux y vivent depuis bien longtemps? J'écoute donc leur recommandations avec attention.

A défaut de voir la ville de l'interieur, je la verrai d'en haut!

Irene, est amoureuse de la langue francaise. Elle prépare un dossier pour reprendre des études a Paris, et j'en profite pour revoir avec elle sa lettre de motivation. Elle danse la salsa "Calina", c'est à dire la salsa de Cali. "Billa", son partenaire, passe par là pour une petite démonstration à la maison, et rechauffer mes souvenirs. Le jeu de jambes est bien plus riche que la salsa cubaine ou porto-ricaine, mais après un petit entrainement, je retrouve mes marques, si bien que le soir meme, nous voila en boite pour danser la salsa. Quelques gorgées d'Aguarediente (l'alcool fort local, anisé, à base de canne à sucre) et les pas se délient pour profiter pleinement de la piste de danse, non sans une petite pensée pour ma frangine.
Irene et Billa :
un dos tres ... cinco seis siete ...
Pour rentrer a la maison, bien sur on ne prend pas les transports en commun pour des raisons de securité. Justement des taxis attendent devant la boite. Nubia m'explique qu'il ne faut surtout pas monter dans n'importe quel taxi. Prendre le taxi serait une des experience les plus dangeureuses de Cali. Il faut repérer un taxi, puis appeler la societé de taxi correspondante pour qu'ils confirment que le taxi portant ce numéro est bien de leur compagnie et que c'est bien lui qui se trouve face à nous. Sa paranoya me fait un peu sourire jusqu'à ce que la societé de taxi reponde qu'ils n'ont pas de taxi avec ce numéro. C'est donc probablement un faux taxi que j'aurais pris bravement...
Puisque la ville est si dangeureuse, on va à la campagne bien plus tranquille et surement plus belle, ou l'activité tourne toujours autour de la canne à sucre.






On va meme dans la "ferme du paradis", ou se serait déroulé "Maria", une histoire d'amour tragique, qui a donné lieu au premier roman écrit en amérique du sud, par Jorge Isaac.
D'aucuns disent qu'une histoire d'amour qui n'est pas tragique serait une histoire d'amour inachevée. Dont act.

L'athmosphère y est en effet tout à fait romanesque.


Le dernier soir, j'emmenne tout le monde manger un cochon de lait dans le quartier.
Un grand merci à toute la famille pour votre accueil, vos conseils, et votre aide pour finalement décrocher une assurance pour la moto!

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L'étape suivante, c'est Medellin, une autre grosse ville Colombienne, connue pour son ancien cartel avec Pablo Escobar à la tete. Pablo Escobar est mort depuis longtemps, mais je préfere quand meme me faire héberger sur les hauteurs de Medellin, à la campagne, plus exactement à Santa Ana, dans une minuscule maisonette, chez Yolima.

Yolima est un peu une sorte sorcière bienveillante. Elle parle à la nature, elle écoute les esprits, elle fait bouillir des plantes bizarres, elle délivre autour d'elle une énergie positive incroyable. Une vie tout en couleur, en alternant la solitude volontaire et les amitiés débordantes.

On ne se verra vraiment que pour les soirées, car je passe ma journée en ville chez le concessionnaire KTM local (il n'y en a que 2 en Colombie) qui n'a aucune pieèe pour moi, mais qui me laisse faire gracieusement ma révision dans son atelier.
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Et la campagne locale est pleine de surprises!



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Puisque la campagne Colombienne me plait tant, au lieu d'aller sur les plages atlantiques et du coté de Carthagene, je préfere passer quelques jours dans la zone ou l'on produit le café. Le temps ne me gate pas, mais je m'y sens bien!
Première nuit dans un hostel qui m'offre son dernier lit en dortoire. Les autres touristes parlent tous anglais. C'est une différence flagrante entre la Colombie et les autres pays d'Amérique du sud ou les touristes se sont généralement mis a l'espagnol. Comme j'ai tendance à assimiler l'anglais au travail, je n'ai pas du tout envie de discuter ce soir là et je fais un peu l'ours. Celui qui attribue les chambres a des problèmes d'élocution et de mouvement, ce qui donne une athmosphère étrange au lieu. Un gars qui ne semble pas etre un touriste rode dans la coin, et je le surprends parfois assis dans un coin sombre, d'oú seules ses bottes en plastique apparaissent à la lumière. Est-ce la propriétaire du lieu? Peut-etre un psychopathe profitant d'etre dans un coin reculé pour assouvir ses pulsions? D'autant que cette nuit là, c'est la pleine lune qui éclaire la campagne, et les éclairs au loin ne laisse présager rien de bon pour la nuit.

Au petit matin, le temps est toujours couvert mais c'est beau.

Je recroise le psychopathe imaginaire dehors. A la lumière du jour, je lui trouve cette fois une démarche et une attitude paysane plus en accord avec le lieu. Il me suggère d'aller ma balader au bout du chemin pour aller voir les ani,aux et me promener. Puis il ajoute qu'il me conseille d'y aller pieds-nus pour "sentir la terre et profiter l'énergie du firmament".
Le fermier n'est pas psychopathe; il est poete.
Je décide quand meme de changer de lieu pour la nuit, et je me retrouve dans une ancienne finca isolée, réamenagée pour accueillir les touristes, dont on m'a parlé le matin meme au petit déjeuner. (Qu'il est bon de faire des plans pour la journée lors du petit déjeuner!). Je m'attendais à quelque chose d'un peu artificiel et beau, mais au contraire c'est rustique et simple. Le batiment et les chambres donnent l'impression que l'on a viré les bottes de foin hier, et qu'on a juste passé un coup de balais la veille. Je m'y sens bien.

Le petit déjeuner unique est lui aussi typique dela campagne : un bol de chocolat au lait, avec une galette de mais, un peu de fromage maison et des oeufs. Simple et de bon gout.

Les rares touristes ici sont des familles colombiennes.


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Bon, je resterais bien un peu plus, mais il faut prevoir l'envoi de la moto pour le retour en France. Je file donc vers Bogota, ou j'arrive dans les bouchons, frigorifié, sous la pluie, de nuit. Pas l'idéal, a priori, pour apprécier une grosse ville. Les jours suivant j'ai le temps de visiter un peu plus et finalement par bien apprecier le centre historique. Voici donc quelques photos de "petits coins de Bogota en détail"













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Malgres tous les problemes de sécurité, la Colombie m'enchante. J'ai l'impression que le mode d'emploi est à bien assimiler pour ensuite y vivre sans soucis de sécurité. C'est un des rares endroits, avec Buenos Aires, ou je me verrais bien vivre volontiers.
Le titre de cet article se prononce "tchévéré Colombia". Chévere est un mot qui s'utilise ici pour dire que quelque chose est chouette.

Bogota est ma derniere étape américaine, mais je ne rentre pas en France pour autant!
Je vous raconterai cela dans le prochain article...
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4 avril 2011 - 14:43
Lo que se ve de afuera puede ser mas turbio o mas cristalino segun el cristal con que se mire, siempre es bueno tener una vision lo mas positiva y clara posible de la realidad, la historia de un pais arrastra con ella a su gente, solo tenemos que decidir que imagenes mirar…, si las primeras del articulo o las ultimas y MARAVILLOSAS imagenes, en mi pais la inseguridad (tambien) es un tema recurrente y temido por el turista, pero, la realidad, es que vivimos o convivimos con ella, como lo dijiste, tan bien o tan mal como en cuarlquier lugar del planeta. Me alegra que lo consideres (si entendi bien) un lugar para vivir. Bs.As. TIENE SUS PUERTAS ABIERTAS.
4 avril 2011 - 16:20
Excellent moment de géo-ethno-socio-lecture ! Bonne continuation avec l’assurance qu’offre le gilet jaune…
5 avril 2011 - 09:03
Bravo pour tout, texte et photos. Ton analyse sur la Colombie est exactement la même que celle de Pierre, un routard rencontré à Alep, qui y était allé il y a quelques années déja.
Bonne continuation et à bientôt.
Philippe
7 avril 2011 - 20:44
Et non seulement il y avait un psychopathe mais en plus ce soir là un être te surveillait depuis le ciel, trahit par ta photo …
J’aime ce regard qui donne envie de se tourner vers l’autre et de s’intéresser à lui ! Et la série Bogotienne et l’autoportrait sont très chouettes.
3 mai 2011 - 02:16
Que de belles photos, tu as du talent et un sens poétique
Bravo!!!